Apprendre à ma fille à surveiller ses niveaux a désamorcé ses angoisses

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Homme de 46 ans surveillant ses niveaux de santé pour apaiser ses angoisses avec sérénité

Le bip sec a claqué à 3 h 07, sur la table de la cuisine, et l’écran du téléphone a dessiné une flèche vers le bas. À côté, il y avait le ticket froissé de la Pharmacie Saint-Roch. Ma fille dormait encore, et moi je fixais la courbe comme on fixe un voyant qui refuse de s’éteindre. Ce matin-là, elle m’a dit qu’elle sentait que ça descendait, et j’ai compris que je ne voulais plus deviner.

Quand j’ai décidé de lui apprendre à surveiller ses niveaux, ça ressemblait à quoi chez nous

Quand j’ai décidé de lui apprendre à surveiller ses niveaux, j’étais pris dans le rythme de la maison, avec ma femme et nos deux enfants. J’ai gardé le réflexe de regarder la donnée avant l’angoisse. J’habite Aubagne, je rentre tard certains soirs, et je n’avais ni temps ni envie d’un système compliqué. Pour le reste, j’ai laissé le pédiatre poser le cadre.

Avant de commencer, j’avais surtout retenu les seuils autour de 0,70 g/L et 1,80 g/L. J’avais aussi entendu parler des capteurs portés 10 jours ou 15 jours, puis remplacés. Sur le papier, je pensais que la flèche de tendance suffirait à me calmer. J’ai été convaincu un peu trop vite, parce que le vrai souci était le moment où elle apparaît.

On a choisi un capteur relié au téléphone, avec une appli simple et des alarmes réglées sans pousser le volume. Je suis parti sur ce système parce que je voulais voir la courbe, pas courir après un contrôle au doigt toutes les deux heures. Le premier a tenu 10 jours, le second 15, et à chaque changement ma fille me demandait si ça allait encore tirer sur la peau. Dans ma tête, je comptais déjà les soirs à surveiller.

La réalité du quotidien a vite fait tomber mes illusions

Les premiers jours, j’ai appris les gestes un par un. Je nettoyais le bras, je posais le capteur, puis j’attendais le petit clic sec quand l’adhésif prenait. Après ça, je regardais le téléphone à chaque repas, surtout au goûter, et je suivais la flèche de tendance comme un fil tendu. Ce qui m’a frappé, c’est que ma fille regardait l’écran avant moi.

Puis il y a eu cette nuit à 3 h 07. Le capteur a sonné avec un bruit sec, et toute la maison s’est levée d’un coup. J’ai vu une valeur basse, j’ai donné du sucre immédiatement, et j’ai commis l’erreur de la compression low. Elle dormait sur le bras équipé, la valeur a remonté dès qu’on l’a tournée, et moi je me suis senti bête. Le lendemain, j’avais la tête lourde au petit-déjeuner, et elle n’a plus voulu dormir de ce côté pendant 2 nuits.

La surprise est venue un mercredi après l’école Jean-Moulin. Sa joue était pâle, elle bâillait, et elle devenait irritable pour une broutille. Avant même qu’elle parle, le téléphone montrait une flèche qui plongeait. J’ai été frappé par le contraste: un chiffre encore acceptable, mais une courbe déjà mauvaise.

J’ai attrapé une compote, et la crise n’a pas pris. À ce moment-là, j’ai compris que la tendance comptait plus que le point isolé. Je me suis retrouvé à regarder la dernière heure au lieu du seul chiffre. Ça m’a évité de paniquer pour un 0,92 g/L qui partait en descente.

Au fil des semaines, on a ajusté la routine avant le sport, avant le sommeil et avant les longs trajets de 3 heures. J’avais trop tendance à donner du sucre rapide trop tôt, puis à corriger trop tard quand le goûter sucré faisait grimper la courbe. Le soir du match au stade Marcel-Pagnol, je suis rentré avec l’impression d’avoir couru après l’écran au lieu de regarder ma fille. À force, elle m’a parlé plus tôt, et moi j’ai arrêté de lui prendre le téléphone des mains toutes les 10 minutes.

Le jour où elle a commencé à mettre des mots sur ses sensations a tout changé

Un mardi à 19 h 30, dans la voiture garée devant le collège Camille-Claudel, elle m’a dit d’une voix courte: « je sens que ça descend ». J’ai pris ça au sérieux tout de suite, parce qu’on avait déjà vu le scénario tourner au malaise. J’ai été convaincu à cet instant que le mot comptait autant que le chiffre. Je suis parti chercher une compote avant qu’elle termine sa phrase.

Avant, j’attendais qu’elle dise clairement qu’elle allait mal. Mauvaise idée. Elle devenait d’abord grognon, elle plissait le nez, puis elle bâillait et se frottait les yeux. Quand je restais au seuil, la glycémie passait par moments sous 0,70 g/L pendant qu’on finissait d’enfiler les chaussures.

Depuis, je regarde la flèche, je lui parle, et je sors la compote sans théâtre. Un soir, elle m’a dit qu’elle se sentait très mal alors que la mesure était à peine basse, et un autre soir elle ne sentait rien alors que l’écran annonçait déjà une hyperglycémie. J’ai compris que je ne pouvais pas choisir entre son ressenti et la courbe. Les deux racontent quelque chose de différent.

Ce que je sais maintenant et que j’ignorais au début, entre limites et petits bonheurs

Quand je regarde ça maintenant, je retiens moins le chiffre que la manière dont il a circulé entre nous. J’ai appris que le détail le plus utile n’est pas toujours celui qui rassure sur le moment. Ma fille n’attend plus que ça déborde pour parler. Moi, je n’attends plus qu’elle soit en crise pour agir.

Le capteur n’était pas une vérité sacrée. Une compression low m’a encore trompé deux fois, la nuit, quand elle s’était roulée dessus pendant le sommeil. J’ai réglé des seuils d’alarme plus prudents la nuit pour éviter une hypo silencieuse. Ce réglage m’a demandé du tâtonnement, et je gardais un œil critique sur chaque valeur.

Chez nous, ça a marché parce qu’elle parlait vite et qu’elle acceptait de regarder sa courbe sans paniquer. Je ne suis pas sûr que ce soit aussi simple avec un enfant qui se ferme dès qu’il voit un chiffre bouger. L’âge compte, mais le tempérament compte autant. Quand un enfant refuse d’en parler, je laisse le pédiatre reprendre la main.

On a aussi pensé à un suivi plus serré, et j’ai laissé le pédiatre garder le cadre pour tout ce qui dépassait ma lecture de parent. J’ai aussi envisagé un psy, parce que l’angoisse prenait par moments toute la place, mais on a d’abord gardé ce fil du téléphone et du dialogue. Entre deux essais ratés et trois nuits plus calmes, je suis resté sur cette solution parce qu’elle nous donnait une marge, pas une perfection. Je n’aurais pas fait pareil avec un enfant plus jeune ou trop épuisé.

Quand je repasse devant la Pharmacie Saint-Roch, je revois la flèche vers le bas et le téléphone posé près des clés. Mon avis, après plusieurs mois, est plus nuancé: ce suivi m’a surtout aidé à repérer plus tôt les hypoglycémies, pas à faire disparaître les nuits difficiles. Il a aussi amené des fausses alertes et des nuits cassées, surtout les soirs de compression low. Je n’ai pas gagné la tranquillité parfaite, mais j’ai gagné un peu de marge et beaucoup moins de peur flottante.

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